« 29 août 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 204-205], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12120, page consultée le 26 janvier 2026.
29 août [1845], vendredi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon aimé, bonjour, mon adoré Toto, comment vas-tu ce matin ?
As-tu dormi sans fièvre cette nuit ? Pourras-tu prendre un bain
aujourd’hui ? Le temps est bien mauvais, et, quoique tu en dises, je ne
crois pas que la manière dont tu sors du bain puisse être favorable à ta
guérison. Se sentir le cœur plein d’amour et [de]
dévouement et ne pouvoir rien faire pour celui pour qui on donnerait sa
vie est un supplice dont rien m’approche. Il me semble pourtant que rien
ne serait plus facile que de dire que tu prends tes bains dehors ? Il
paraît que je me trompe mais en attendant, j’ai le chagrin de savoir que
tu fais des remèdes inutiles pour ne pas dire nuisibles. Cher adoré,
cher adoré, que ne puis-je te donner mes soins et ma vie, avec quelle
joie je le ferais. Je suis triste et honteuse de mon inutilité. Quand
donc pourrai-je te servir à quelque chose ? Ce jour-là sera le plus beau
de ma vie. Mais, viendra-t-il jamais ? J’en doute, car tu ne t’y
prêtesa
pas beaucoup. Prends bien garde toujours au froid si tu prends un bain
ce matin.
Quand tu voudras, je te ferai de la tisaneb aujourd’hui. Si tu
en as besoin, tu n’as qu’à me le dire, je suis toute prête. En
attendant, je te baise, je t’aime, je voudrais te voir, je t’adore.
Quand viendras-tu ? Je voudrais que ce fût tout de suite pour savoir
comment tu vas et pour te baiser depuis la tête jusqu’aux pieds.
Juliette
a « tu ne t’y prête ».
b « la tisanne ».
« 29 août 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 206-207], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12120, page consultée le 26 janvier 2026.
29 août [1845], vendredi après-midi, 2 h. ¼
Je t’ai vu, mon cher petit homme, mais pas assez longtemps pour en
emplir mon cœur et mes yeux. Ce ne sont jamais que des apparitions que
tu fais chez moi. Aussi je suis toujours triste, car je sens qu’il me
manque le plus essentiel de ma vie, le bonheur de te voir. Comment te
trouves-tu de ton bain ? Tu n’as pas eu froid j’espère ? Dire que je
n’ai même [plusieurs mots illisibles]
consolation de te soigner [illis.]. Vraiment si j’osais, je [illis.] de
toutes mes forces, de toute [plusieurs mots
illisibles] rage. Mon Toto, je suis bien malheureuse, va.
Cependant je ne changerais pas mon malheur contre tous les bonheurs de
la terre sans toi. C’est du fond de l’âme que je te le dis. C’est si bon
de t’aimer que toutes les souffrances possibles ne sont rien à côté. Si
tu venais dans ce moment-ci, par exemple, eh biena je sens que je
n’aurais plus rien à désirer. Pauvre aimé, pourvu que ton bain t’ait
fait du bien ? Je donnerais tout au monde pour le savoir tout de suite.
Si tu pouvais venir, ne fût-ceb qu’un moment, je serais heureuse pour jusqu’à ce
soir. Je te tourmente, mon Toto, je te dis toujours la même chose, je
t’ennuie, je sens bien cela mais je ne peux pas m’en empêcher. J’ai beau
faire tous mes efforts pour te parler d’autres choses, je n’y parviens
pas, ce n’est pas de ma faute.
Je te ferai ta tisanec demain. J’espère
que je la réussirai. Si tu pouvais penser à me rapporter la bouteille de
[illis.] que je t’ai achetée il y a un mois aujourd’hui, je la mettrais
dedans. Du reste ne t’en préoccuped pas autrement, la première bouteille propre
venue fera aussi bien l’office. Que ne puis-je me mettre dedans avec,
j’aurais le bonheur de te voir plus longtemps et de savoir ce que tu
fais en regardant à travers. Heureusement pour vous que cela ne se peut
pas, car il est probable que j’aurais vu de jolies choses. Taisez-vous,
vieux menteur, taisez-vous et venez bien vite, ça vaudra bien mieure.
Juliette
a « et bien ».
b « ne fusse ».
c « ta tisanne ».
d « préocupe ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
